Univers Intérieurs

Une pièce se construit objet par objet

Le Mobilier national commande encore des meubles à des créateurs

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On imagine parfois le Mobilier national comme un simple conservatoire de tapisseries anciennes, alors qu’il s’agit d’une institution toujours active, qui continue de commander des meubles neufs à des créateurs contemporains pour équiper les résidences officielles et les administrations françaises.

Une institution ancienne, une activité toujours vivante

Le Mobilier national gère un ensemble de collections accumulées depuis des siècles, mais son rôle ne se limite pas à la conservation : il continue de meubler des lieux officiels en cours d’usage, ce qui suppose une production continue plutôt qu’une simple gestion de stock ancien. Cette double mission, conserver un patrimoine et produire du mobilier actuel, distingue le Mobilier national d’un musée classique où les objets, une fois entrés dans les collections, ne bougent plus.

L’Atelier de recherche et de création, laboratoire du mobilier contemporain

Au sein de cette institution, l’Atelier de recherche et de création occupe une place particulière : il passe commande à des designers, parfois déjà reconnus, parfois en début de carrière, pour concevoir des pièces originales destinées à des lieux précis. Cette structure fonctionne comme un laboratoire, où une commande publique donne à un créateur la possibilité de développer un projet qu’aucun éditeur privé n’aurait nécessairement financé, faute de débouché commercial immédiat.

Les meubles issus de cet atelier ne sont pas produits en série pour le grand public : ils restent liés à la commande qui les a fait naître, ce qui en fait des pièces uniques ou produites en très petit nombre, pensées pour un usage et un lieu déterminés plutôt que pour une diffusion large.

Des commandes publiques, pas des achats de particuliers

Le principe même de ces commandes exclut toute vente au public : le Mobilier national ne fonctionne ni comme une boutique ni comme une galerie, et aucune de ces pièces ne peut être achetée directement par un particulier. Les meubles produits équipent des résidences officielles, des ambassades ou des administrations, dans une logique de commande publique éloignée de toute logique commerciale, ce que confirme la présentation institutionnelle disponible sur le site du Mobilier national.

Des collections consultables, sans jamais être à vendre

Une partie de ces collections, anciennes comme contemporaines, se visite ou se consulte à travers des expositions temporaires organisées par l’institution, une occasion rare de voir de près des pièces normalement installées dans des lieux non ouverts au public. Cette accessibilité limitée mais réelle permet de suivre l’évolution du design français commandé par l’État sur plusieurs décennies, un fil que ne propose aucun autre acteur du secteur.

Un savoir-faire de manufacture, transmis sur la durée

Produire ces commandes suppose de maintenir en interne des savoir-faire de manufacture qui ont largement disparu du secteur privé : ateliers de tapisserie, de tissage, d’ébénisterie, capables de fabriquer une pièce entière sans sous-traiter chaque étape à l’extérieur. Cette organisation en manufacture intégrée permet à l’institution de garantir un niveau d’exécution constant, quelle que soit la complexité technique demandée par un créateur, et de transmettre ces gestes d’une génération d’artisans à la suivante au sein même de la structure.

Ce modèle de manufacture publique, rare aujourd’hui, joue aussi un rôle de conservatoire de techniques qui pourraient sinon disparaître faute de débouché commercial suffisant dans le secteur privé. Un tapissier ou un doreur formé au sein du Mobilier national dispose ainsi d’une continuité de pratique que peu d’ateliers indépendants peuvent offrir sur d’aussi longues périodes, une situation qui rejoint les enjeux de transmission évoqués à propos des savoir-faire rares reconnus par l’État.

Ce que cela dit du design français

Le maintien d’une commande publique de mobilier contemporain, aux côtés d’un patrimoine ancien considérable, dit quelque chose de la place que la France continue d’accorder à la création dans l’ameublement, au-delà de la seule production industrielle. Cette double temporalité, l’ancien conservé et le contemporain produit, rejoint la question de la fabrication traitée dans notre rubrique consacrée au mobilier et aux matières, où le geste du créateur compte autant que la matière choisie.


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