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Paysages à la figure absente

L'affaire est entendue. La lecture du CV d'Ofer Shafrir nous enseigne que ce photographe vit en Israël dans un kibboutz. Mais, mis à part ce document, rien ne nous permet de localiser les lieux que l'on découvre sur les clichés accrochés aux murs, rien ne nous indique avec précision leur provenance. Dans cet univers, définitivement gris, toute activité est suspendue, toute animation est interdite. Les motifs (un abri ou un HLM, un rocher ou une meule de foin) encastrés dans un fond neutre, fixés par l'appareil de l'artiste, semblent définitivement pétrifiés. Par leur taille, par leur frontalité marquée qui ne tolère aucune exception, ce sont des façades, des murs aveugles, qui heurtent le regard du spectateur. L'espace solidifié, où l'air ne circule plus est rétréci, resserré, dénué de toute transparence. Sacrifiés aux exigences de la surface, ces paysages fragmentés dégagent un sentiment d'équilibre tendu à l'extrême, une tension qui ne se relâche jamais.

Tout laisse à penser que le photographe ressent le besoin de se trouver seul face à son objet, d'éliminer toute concurrence, d'exclure la présence humaine. Mais, plus que d'un dialogue, il s'agit d'un corps à corps sobre, austère. C'est que malgré la proximité de l'œil de la caméra, l'ensemble reste distant et impersonnel. Solides et immuables, les constructions figurées sont indépendantes de toute valeur sentimentale, ne laissent apparaître aucun aspect émotionnel. Autrement dit, les images d'Ofer Shafrir prennent le risque de renoncer à la séduction. D'où toute leur force.

Itzhak Goldberg, Historien d'art
 
La rue est à nous… tous
REGARDS D'ARTISTES
 
 
 
Ofer Shafrir






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