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On ne peut pas dire que le visage est au cœur de l’œuvre de Denis Monfleur. Parfois même, il renonce à cette partie essentielle de l’être humain, laissant au corps la liberté de s’exprimer dans toute sa puissance matérielle. Même quand le « visage » refait son apparition, il s’agit d’avantage d’une tête, traitée comme une masse de pierre, délivrée de tout artifice. C’est que le sculpteur ne cherche pas l'expression d'une singularité propre à tout individu, une quelconque ressemblance avec une figure humaine, ou encore un échange avec le spectateur. On est loin ici du cliché consacré « visage-miroir de l’âme ». Plus que des figures, ce sont des faces, car si l’on peut éviter un visage, on ne peut échapper à une face. Ce mot évoque non seulement la partie avancée de notre tête qui sert à communiquer avec autrui, mais aussi une surface qui peut faire obstacle, remplir notre ligne d’horizon visuelle ou au moins mobiliser toute notre attention. Les faces dénuées d’yeux de Monfleur, intemporelles et indifférentes, nous fixent sans nous voir. C’est Francis Ponge qui a écrit que la sculpture «pourrait être un art d’aveugle».
Itzhak Goldberg
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Visage ou portrait
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