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Rainer-Maria Rilke dans ses lettres sur Cézanne écrit : "Lorsqu'on peint, on peut déboucher soudain devant une chose si démesurée que personne n'en viendra jamais à bout."
C'est peut-être en toute ingénuité qu'Hans Bouman s'est avancé sur ce chemin. Alors, "la chose démesurée" s'est imposée de façon obsessionnelle : la tête humaine à la fois miroir de l'autre et sans doute autoportrait mental, microcosme symbole de l'esprit, opposé au corps manifestation de la matière.
En cadrage serré, proche du gros plan, l'artiste par des couleurs somptueuses quoique austères (gris, noir, ocre, vert, bronze, rouge éteint, blancs salis), construit ses toiles d'une expressivité poignante.
La tête, toujours solitaire, propose un face-à-face, elle interroge, on l'interroge, et de cet échange muet peut-être jaillira la réponse, chargée de mystère avec ses yeux sans regard, elle instaure comme l'icône une communion au secret des choses et du temps. On songe au Christ de Georges Rouault.
Cette charge spirituelle est incarnée dans une matière banale faite d'acrylique, de pigments, de plâtre de terre, de carton ondulé, de papier froissé. La technique acquise a l'Ecole Graphique et aux Beaux Arts d'Amsterdam permet de calculer le juste rapport entre l'objet, le fond, la forme, la couleur, le trait, la lumière, les contrastes. Tout concourt à l'essentiel pour une peinture de haute qualité.
La ténacité de ce matiériste, Sisyphe prêt à représenter cent fois une tête toujours différente est un défi jeté à l'art. Dans un tête-à-tête dramatique, l'artiste tente de répondre aux éternelles questions que se posait ainsi Voltaire : "Que suis-je ? Où suis-je ? et d'où suis-je tiré ? Atomes tourmentés sur cet amas de boue…".
Julie Carpentier
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Visage ou portrait
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